
Selon un article récent de Skift, Montréal est devenu le deuxième hub mondial du travel tech après San Francisco, avec un écosystème dont la valeur cumulée dépasse 15 milliards de dollars. L’auteur, Rafat Ali, propose une lecture éclairante sur l’émergence de ce qu’il appelle « les infrastructures invisibles du voyage mondial ».
Un centre mondial de l’aviation civile depuis 1946
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Montréal s’impose comme un centre mondial de l’aviation civile avec l’installation de deux organisations clés : l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et l’Association du transport aérien international (IATA). La ville était alors un point stratégique pour les vols transatlantiques.
Aujourd’hui, Montréal demeure un pôle majeur, avec des organisations comme ACI World(Airports Council International), IFALPA (pilotes) et CANSO (navigation aérienne), ainsi que des entreprises comme Air Canada, Air Transat, Pratt & Whitney Canada et CAE.
L’aérospatiale y représente l’un des trois plus grands pôles mondiaux (avec Toulouse et Seattle), mobilise une main-d’œuvre hautement qualifiée et contribue à hauteur de 2 à 3 % du PIB du Québec.
Une compréhension unique du fonctionnement du voyage
Cette base industrielle a permis l’accumulation d’un savoir institutionnel rare : une connaissance fine et opérationnelle du fonctionnement réel de l’industrie du voyage. Bien avant l’ère numérique, Montréal maîtrisait déjà les rouages complexes du secteur — tarification, gestion des inventaires, distribution, revenus.
Des entreprises comme Softvoyage, dès 1987, développaient des logiciels spécialisés, tandis que les compagnies aériennes formaient des milliers de professionnels capables d’opérer les systèmes de distribution mondiale (GDS) et de gérer des opérations à grande échelle.
Montréal n’a pas simplement numérisé le voyage : elle l’a optimisé en profondeur. Cette expertise constitue aujourd’hui un capital humain spécialisé que peu de villes possèdent, et a largement contribué à faire du voyage une industrie technologique.
Un noyau de talents formé au cœur des plateformes numériques
Un tournant clé survient en 2002, lorsque Expedia acquiert la société montréalaise Newtrade Technologies et y établit un bureau d’ingénierie. Cet événement crée un noyau de talents spécialisés, dont sont issus notamment les fondateurs de Hopper.
Depuis, l’écosystème s’est diversifié avec des entreprises couvrant différents segments du voyage : Plusgrade (revenus auxiliaires), Checkfront (réservations d’activités), Operto (hôtellerie numérique), Nuvei (paiements), Busbud (billetterie de transport), Stay22 (monétisation affiliée).
Cette dernière, qui permet aux créateurs de contenu d’intégrer et de monétiser des options d’hébergement, a récemment levé plus de 122 M$ US, illustrant la maturité et l’attractivité de l’écosystème.
Un capital patient au service de la croissance locale
Montréal bénéficie d’un système d’investissement où plusieurs institutions se renforcent mutuellement : CDPQ, Investissement Québec, BDC, Inovia Capital et Novacap.
Ces acteurs ont soutenu de nombreuses entreprises travel tech, contribuant à créer un circuit de financement qui réinvestit localement et favorise la croissance au Québec. Résultat : les entreprises restent, se développent et nourrissent un écosystème dynamique.
Bien qu’on ne les associe pas spontanément au tourisme, ces entreprises technologiques jouent un rôle central dans l’industrie mondiale du voyage, avec des solutions déployées à grande échelle.
L’intelligence artificielle comme levier d’accélération
Aujourd’hui, on le sait, l’intelligence artificielle agit comme un puissant accélérateur et Montréal est l’un des principaux centres mondiaux en IA, avec Mila, Yoshua Bengio et des laboratoires de Google, Meta, Microsoft et DeepMind.
Cette infrastructure scientifique permet aux entreprises travel tech d’intégrer massivement l’IA dans leurs produits, renforçant encore la position de Montréal dans l’écosystème mondial.
Un écosystème fort et unique
Ce qui rend le cas montréalais unique, c’est qu’il n’a jamais été planifié. Il est le résultat d’une accumulation organique d’acteurs, de talents et de capital. Montréal construit aujourd’hui les infrastructures invisibles du voyage mondial — paiements, algorithmes, systèmes de distribution, plateformes B2B — plutôt que des marques grand public.
L’auteur de l’article cite ensuite le MT Lab, co-créé par Tourisme Montréal et l’UQAM, qui accompagne plus de 75 entreprises innovantes par année — dont Stay22 qui est passé dans la première cohorte en 2017. Cette vision a permis de révéler, connecter et amplifier un écosystème fort et unique.
Si l’écosystème montréalais en travel tech a su émerger sans plan directeur, il peut désormais évoluer avec davantage d’intention pour garder le momentum. Le rôle de structures comme le MT Lab est d’y contribuer en connectant et en accélérant les innovateurs d’ici à entrer dans ce «deuxième hub mondial du travel tech ».
Cet article a initialement été publié dans l’édition du 18 mars 2026 du TourismExpress
